Histoire des handicaps et des handicapés

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Boiteux

 Nous citons de larges extraits (en lettres vertes) de l'article Boiteux du Grand Dictionnaire Universel de Pierre Larousse, tome 2, p. 894.

[...] en Italie, où ce proverbe était répandu que " Celui-là ne connaît pas Vénus en sa parfaite douceur, qui n'a couché avec la boiteuse. " Cette parole était depuis longtemps en la bouche du peuple et se disait de l'un comme de l'autre sexe. On sait que Vénus, déesse de l'amour, fut peu satisfaite de son mari Vulcain, le dieu boiteux de la Fable, puisqu'elle lui préféra une infinité d'amants, et entre autres le dieu Mars, doté de jambes parfaitement droites. En revanche, on cite la réponse que fit la reine des Amazones au Scythe qui la conviait à l'amour. Cette réponse, que nous ne pourrions reproduire que si nous écrivions pour des Amazones, se devine de reste; elle eût transporté d'aise lord Byron, qui jamais ne pût oublier l'imperfection de son pied.

Ce passage est intéressant, car il fait ressortir une attitude forte ancienne qui veut que faire l'amour avec un ou une handicapée, est une jouissance particulièrement excitante. Cette attitude se rapproche sans doute de celle des admirateurs ou dévots tels que nous les avons définis dans le chapitre les concernant.

Byron entendit un soir une certaine. Marie Chawort, qu'il aimait passionnément, dire à sa femme de chambre : " Croyez- vous que je me soucie de ce garçon boiteux ? " La reine des Amazones, elle, expérience faite, ne se souciait, au contraire, que des boiteux ; elle eût été folle du poète anglais, non à cause de son génie,mais à cause de son pied-bot, et le poète anglais ne se serait échappé d'entre ses bras que pour écrire un Elaye immortel de la claudication. Que de femmes, qui cachent avec soin une infirmité dont lord Byron était si fort humilié, auraient été satisfaites d'apprendre de lui, eu beau langage, que les Grecs reconnaissaient les boiteuses plus aptes que les autres " aux jeux de Vénus. " Montaigne, dans ses Essais, a consacré tout un chapitre aux boiteux; mais il y est surtout question des boiteuses et de la " pointe de douceur " qui se trouverait en elles. Chacun sait que, dans beaucoup d'endroits, le français du vieux Montaigne ressemble au latin, qui dans les mots brave l'honnêteté. Aussi ne pouvons-nous, à cause de sa nudité un peu trop indiscrète, lui faire certains emprunts. En cette matière, nous ne pouvons pas plus suivre Montaigne que nous .n'avons suivi Brantôme. D'ailleurs, est-il bien utile de débattre ici la somme plus ou moins réelle de plaisir que promet la confiante intimité de la Vénus aux jambes torses ? Nous ne le croyons pas, et, laissant aux amateurs le soin de s'en référer à leur propre expérience, nous tirerons prudemment le rideau sur ces petites questions que l'Académie des sciences morales fera bien de ne jamais mettre au concours.

Il est bien clair que ce sujet, dans une Europe du XIXe siècle plutôt pudique, impose à l'auteur de cet article sur les boiteux des circonvolutions plus ou moins gênées, préférant tirer le rideau et se refusant à l'idée qu'un tel sujet puisse faire partie des études de l'académie des sciences morales. Il faut bien reconnaître que le sujet de la sexualité des handicapés et avec des handicapés n'a été abordé que très récemment. Les admirateurs ou dévots ne se sont révélés au grand jour qu'avec l'apparition d'Internet et de nombreux sites consacrés à l'admiration des hommes et des femmes à l'égard de leurs congénères handicapés.

Nous parlions tout à l'heure de Byron, et nous nous rappelions justement le troisième discours inséré dans le premier volume du Spectateur anglais. Le discours débute ainsi : Puisque nous n'avons pas fait nos corps, s'il y a quelque imperfection ou quelque désagrément , il me semble qu'il est honnête et digne de louange de soutenir avec confiance sa propre laideur, ou au moins, de n'avoir pas honte de certains défauts qui ne sont pas criminels, et auxquels il nous est impossible de remédier. Je n'approuverais pas qu'un homme mal bâti et d'un regard farouche s'amusât à faire le dumeret, à se mirer longtemps, et à prendre des airs doucereux et languissants pour cacher sa difformité naturelle ; mais je crois que nous devons être contents de notre mine, et de notre taille, et bannir toute inquiétude sur cet article. Il n'y a que de petits esprits, peu accoutumés à réfléchir, qui puissent prendre occasion de rire ou de badiner à la vue d'un homme qui entre dans une assemblée avec de hautes épaules, ou qui se distingue par une grande bouche ou des yeux de travers, Celui qui a quelque défaut de cette nature est heureux, s'il est aussi prompt à s'en railler lui-même que les autres le pourraient ôtre? et s'il conserve toujours sa bonne humeur. Alors les femmes et les enfants, qui ne pouvaient d'abord l'endurer, et que sa présence effrayait? se plaisent en sa compagnie. Il n'est pas moins barbare de se moquer de quelqu'un pour des défauts naturels, qu'il est agréable de le voir lui-même s'en divertir le premier.

Il est donc considéré comme normal qu'un infirme se moque d'abord lui-même des défauts de son corps et, ainsi, s'il est toujours de bonne d'humeur, il sera moins difficile aux valides de supporter la vue de ce corps déformé ou mutilé. il est bien évident que de tout temps la vue d'une infirmité a mis les valides mal à l'aise, mais l'auteur de ce texte admet comme seule solution l'attitude positive de l'invalide face à son infirmité. Aujourd'hui, on admettra plus volontiers que l'effort doit se faire des deux côtés.

Le cas de Byron est largement développé, abordant le problème de l'infirme face aux regards et aux jugement des valides.

Lord Byron, loin de suivre les sages conseils du Spectateur, loin d'imiter notre Scarron, qui a débité raille plaisanteries sur sa propre personne, Byron, très irritable par la nature même de son génie, souffrit au contraire au delà de toute expression d'une difformité partielle, d'ailleurs si largement rachetée chez lui par la beauté incomparable du visage et du buste. Ses pantalons qui ressemblaient à des jupes, cachaient une infirmité dont on trouve les preuves dans ses Mémoires, mutilés par Thomas Moore, mais non falsifiés. Cette infirmité, quelque légère qu'elle fût d'ailleurs, aggrava sa tristesse native. Il écrivit son drame, le Difforme transforme bien fait pour témoigner à lui seul du ressentiment que le poète gardait de son défaut corporel. Il y a gravé, pour ainsi dire à chaque vers, l'empreinte de son pied-bot, dit quelque part M. Paul de Saint-Victor, comme l'Ange déchu, auquel si souvent on l'a comparé, a laissé le moule du sien sur les pierres et les rochers des légendes. Ce fut, selon Shelley; une allusion brutale à son infirmité qui lui inspira ce terrible drame, et il faut dire que si Byron avait pu oublier qu'il était boiteux, les hommes se seraient chargés de le lui rappeler. [...] Ce sentiment exagéré de sa déchéance physique éclata dès l'extrême enfance du poète. Une servante dit un jour en le caressant : " Quel joli petit garçon que Byron ! c'est grand dommage qu'il ait une pareille jambe! " A ces mots, l'enfant rougit, ses yeux étincelèrent de colère. " Ne parlez pas de cela, s'écria-t-il en frappant du pied la terre. " Il a dépeint lui-même la crise d'horreur et d'humiliation qui le saisit, un jour que sa violente mère l'appela vilain petit boiteux.

 

Un boiteux célèbre de la mythologie: HÉPHAÏSTOS (Vulcain)

Dieu du Feu, Héphaïstos est boiteux : deux légendes expliquent cette infirmité.

Bien qu'infirme, Héphaïstos aurait fréquenté des femmes d’une grande beauté : dans L’Iliade, il a pour épouse Charis (la Grâce) ; Hésiode lui attribue Aglaé. l’Odyssée  Aphrodite.


 

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Dernière modification: 02 avril 2007