Histoire des handicaps et des handicapés |
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Les jambes les artificiels du docteur Palmer ont connu au XIXe siècle un grand succès, quasi populaire, à travers la presse ou les grandes expositions de l'époque. Dans un article de l'Atlantic Monthly, magazine américain de littérature, d'art et de politique, volume 11, édité à Boston en 1863, le chroniqueur présente un inventeur qui mérite les louanges de la nation, parce qu' il répare les méfaits de la guerre en fabriquant des membres artificiels dont l'aspect atteint la perfection et dont la technique permet des mouvements naturels. L'auteur fait remarquer quand cette seconde moitié du XIXe siècle, on a des machines pour imiter la voie, mais que personne n'a été capable d'inventer un objet qui marche. Suit une longue description dans laquelle l'auteur définit les différentes parties d'une jambe, la subtilité et des mouvements, leur rythme, etc., et de conclure qu'aucun automate n'est capable de faire de même. Il présente ensuite le docteur J.C. Palmer, originaire de Portland et vivant actuellement à Boston. Ce dernier s'est entièrement donné à l'étude du pied et il est devenu le défenseur de ceux qui seront oppressés par leur corps, il va rompre leur chaîne soutenir leurs faiblesses et restaurer leur dignité. Aujourd'hui la prothèse la plus simple est la jambe de bois, soit un pilon terminé par morceau de caoutchouc. Ce type de prothèse convient à de modestes travailleurs, mais lorsque l'on doit se présenter en société il est alors nécessaire d'avoir un membre artificiel plus esthétique. Un jeune enfant de dix ans a dû être amputé de sa jambe suit un accident. Le jeune garçon reçu un pilon et il boita ainsi pendant près de dix ans. On peut imaginer sa souffrance et les difficultés qu'il rencontra durant son adolescence avec un appareillage aussi disgracieux. Ainsi à l'âge où l'on cherche une âme soeur il entreprit et de modifier ce membre hideux et contrefait. Le pilon entraîne la disgrâce, une sorte de monstruosité, donc pas de possibilité de rencontrer l'âme soeur. L'infirme est condamné à rester célibataire, telle est la vision d'un journaliste chroniqueur américain de la seconde moitié du XIXe siècle. Pas d'âme soeur, pas de sexualité. Il renonça à son pilon pour marcher avec des béquilles. Les béquilles sont difficiles à supporter, et finalement elles influencent surtout l'organisme, ce jeune homme était Monsieur Palmer. Il se mit donc au travail pour lui-même trouver une prothèse adéquate. Ainsi la jambe de Palmer devint l'une des inventions les plus ingénieuses de l'esprit américain. Par la suite Monsieur Palmer a reçu de nombreux prix est récompense pour son invention, par exemple la société de chirurgie de Londres le recommandait fortement. Le comité des sciences et des arts de l'institut Franklin de Pennsylvanie définit les particularités de la prothèse de M. Palmer de la manière suivante :
Les jambes artificielles de M. Palmer sont fabriquées dans son atelier, elles sont sculptées à la main dans le bois puis vidé pour y placer les mécanismes. L'auteur de l'article dit y avoir rencontré un collaborateur de Monsieur Palmer, un jeune homme amputé d'une jambe, et dont il était impossible de dire laquelle était artificiel en le voyant marcher.
Lors d'une exposition mondiale à Paris, la jambe artificielle de M. Palmer fut exposée, elles donnent lieu à des articles plus que flatteurs. C' est ainsi que la revue britannique de 1851 consacre un article à cette invention américaine, en voici quelques extraits : "En le lisant pour peu qu'on ait la jambe mal faite on se sent tenté d'avoir recours à l'amputation..." On remarquera ici un enthousiasme pour le moins déplacé, car même avec la jambe mal faite, il y a d'autres moyens que l'amputation !
l'auteur de ses lignes pose déjà le problème du fonctionnelle et de l'esthétique, sachant que les jambes fabriquées par M. Palmer sont en bois, il est peu probable qu'une dame amputée relevant sa jupe jusqu' au genou laisse un doute sur l'existence d'une prothèse. sans doute M. Palmer est-il un des premiers artisans orthopédistes.
Dans l'ensemble de ces deux textes on voit un enthousiasme lié à une croyance presque sans limites à l'égard la science et de la technique dans la seconde moitié du XIXe siècle. ce qui est étonnant, c'est l'absence totale de remarques concernant la proche personnelle de handicapés. Être amputé, ce n'est pas seulement remplacer les membres absents par une machine si belle ou si sophistiquée soit-elle, c'était aussi assumer une mutilation, une nouvelle forme de vie, un nouveau rapport avec autrui, le regard des autres. Autre document: "UNE INVENTIoN AMÉRICAINE qui obtient depuis quelques jours une grande vogue à l'Exposition, c'est une jambe de bois si ingénieuse que l'infortuné qui a perdu la sienne peut, avec cette jambe artificielle adaptée à sa taille, marcher sans boiter. L'inventeur ayant lui même perdu une de ses jambes réfléchit longtemps pour la remplacer le plus agréablement possible, et il y réussit avec tant de bonheur qu'il voulut faire profiter de son secret tous ceux qui auraient à subir le même accident. Voilà, certes, de la philanthropie, quoique M. Palmer ne fabrique pas pour rien ses jambes. Il s'est fait une industrie honnête et à prix fixe de l' art ingénieux dont il a fait sur lui-même la première expérience. Or, non seulement il fabrique des jambes, mais encore il publie un journal annuel qui entretient ses abonnés de ses réflexions sur le malheur de boiter, sur le moyen d'y remédier, sur l'agrément de substituer un membre parfait à un membre informe, trop long ou trop court. En le lisant pour peu qu'on ait la jambe mal faite on se sent tenté d'avoir recours à l'amputation : c' est d'autant plus séduisant qu'en se faisant éthériser ou chloroformiser, on peut subir cette opération dans un sommeil mêlé d'extase et se réveiller comme le meilleur piéton des deux mondes. Un numéro du journal de M. Palmer accompagne son spécimen, et un des articles a pour titre : " Pensées fugitives sur l'amputation. " J'ajouterai que les jambes neuves de cet ingénieux redresseur ont non seulement leur souplesse et leur légèreté, mais encore qu'elles imitent à l'oeil la belle nature, si bien, comme dit l'inventeur, qu'une dame peut relever sa jupe jusqu'au genou, quand il fait de la crotte dans la rue, sans qu'on puisse deviner laquelle de ses deux jambes est l'oeuvre de dieu et laquelle est l'oeuvre de M. Palmer." La Revue britannique. 1851
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Dernière modification: 02 avril 2007 |