Histoire des handicaps et des handicapés

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Les Lumières

Quelle fut l'attitude des philosophes du siècle des Lumières face au handicap? Nous prendrons tout d'abord quelques articles dans l'encyclopédie de Diderot.

  • L'article fiançailles

le handicap peut être considéré comme une raison valable de rompre des fiançailles.

  • les articles laid et difformité

ces articles sont intéressants dans la mesure où ils nous montrent, dans le cadre de l'histoire des mentalités, les attitudes, le regard des valides sur les handicapés.

  • enfin l'article sur les invalides

Cette partie nous permet d'aborder la conception charitable et la conception étatique de l'aide aux infirmes

 

Deux raisons de rupture de fiançailles, en cas de handicap:

8°. Si l'un des fiancés étoit sujet au mal caduc, ou à quelque infirmité considérable, dont l'autre n'eût pas connoissance.

9°. Si depuis les fiançailles il étoit survenu à l'un des fiancés quelque difformité considérable ; comme s'il avoit perdu la vûe, ou seulement un oeil, s'il étoit estropié de quelque membre.

Encyclopédie de Diderot

le point numéro huit de cet article semble relativement logique, puisque la rupture des fiançailles et plus fondées sur la duperie que sur la validité. L'article 9 nous paraît plus cruel, puisque c'est le handicap qui est l'unique cause de la rupture. La jeune fille dont le fiancé revient par exemple amputé d'une jambe après avoir servi dans l'armée est autorisée à ne plus accepter la vie commune avec un unijambiste. Nous remarquerons que par rapport au texte de Maupassant «l'infirme» l'attitude proposée au XIXe siècle est aussi le renoncement au mariage, mais c'est par grandeur d'âme que l'ancien officier de l'armée amputée des deux jambes renonce lui-même à ce mariage.

L'attitude fondamentale reste que la vie de couple avec un infirme pose trop de problèmes.

Cependant Maupassant imagine parfaitement que le mariage entre la belle jeune fille et l'officier marchant avec deux pilons en guise de jambes artificielles se soit réalisé. il s'agit alors d'un beau dénouement et du respect de la parole donnée.

Laideur et difformité

  LAID, adj. (Gram. Mor.) se dit des hommes, des femmes, des animaux, qui manquent des proportions ou des couleurs dont nous formons l'idée de beauté... 

Les idées de la laideur varient comme celles de la beauté, selon les tems, les lieux, les climats, & le caractere des nations & des individus ; [...]

Laid se dit des especes trop différentes de celles qui peuvent nous plaire, & difforme se dit des individus qui manquent à l'excès des qualités de leur espece, laid suppose des défauts, & difforme suppose des défectuosités ; la laideur dégoûte, la difformité blesse.

DIFFORMITÉ, s. f. (Medec.) on comprend sous ce mot générique toute figure des parties ou des organes du corps humain, qui s'éloigne de la naturelle, au point d'en empêcher les fonctions, ou même seulement de faire de la peine aux yeux de ceux qui n'y sont pas accoûtumés.

....

Encyclopédie de Diderot

C'est donc bien le ragard des autres qui est peiné, parce qu'il n'est pas habitué à voir telle ou telle difformité:

Les invalides

  L'hôtel royal des Invalides, monument digne de la grandeur du monarque qui l'a fondé, est destiné à recevoir des soldats de deux espèces.

Ceux qui par leur grand âge & la longue durée de leurs services ne sont plus en état d'en rendre ; & d'autres auxquels des blessures graves, la perte de quelque membre ou des infirmités ne permettent pas de soutenir la fatigue des marches, ni de faire le service soit en garnison, soit en campagne.

Parmi ceux de cette seconde classe, on doit distinguer les soldats dont les blessures sont de nature à les priver de tout exercice, d'avec d'autres qui ne pouvant s'y prêter qu'avec gêne, acquièrent cependant par l'habitude & par l'adresse qui naît de la nécessité, cette aptitude que l'on voit souvent dans des gens mutilés.

De deux soldats l'un a la jambe coupée, l'autre a une ankylose au genou ; ils sont également hors d'état de servir : le premier de deux autres a eu le bras emporté, le second a eu le bras cassé, on l'a guéri ; mais ce bras par déperdition de substance ou par accident dans la cure, est devenu roide ou plus court que l'autre ; il rend donc conséquemment le sujet incapable. grâces ils l'ont également bien servi, & pendant le même temps ; ils doivent être récompensés, cela est juste ; on leur ouvre à tous également la porte de l'hôtel, cela est mal. [...]

Quel inconvénient y aurait-il de statuer que tout soldat, cavalier & dragon de quarante-cinq ans & au-dessous, auquel ses services ou certaines blessures ont mérité l'hôtel, se retirât dans sa communauté ? Pourquoi ne pas faire une loi d'état qui oblige cet homme de s'y marier ?

[...]

Le soldat avec sa paye que le roi devra lui conserver, suivant son grade, & telle qu'il la recevait à son corps, la fille avec le produit de son travail & de son économie, auront précisément ce qu'il faut pour vivre commodément ensemble : voilà donc un mariage.

.....

On verra dans la suite de ce mémoire que le soldat, indépendamment du produit de quelque léger travail ou de quelque petit commerce dont il est le maître de s'occuper, sera plus riche & plus en état de bien vivre sans bras avec sa paye, que le paysan sans paye avec ses bras. Quelle est donc la fille qui refusera un soldat estropié, qui ne peut dans aucun cas être à la charge de sa femme ? Et quel est le soldat qui connaissant son état, ne croira pas qu'il y aura de la générosité dans le procédé d'une fille, qui vient ainsi en l'épousant s'offrir à partager avec lui son bien-être & ses peines ?

Il ne faut pas avoir recours au calcul pour prouver que la dépense de l'entretien d'un invalide, dans un lieu quelconque du royaume, n'excédera pas celle qu'il occasionne dans l'hôtel ; ainsi cette nouveauté dans la forme de pourvoir aux besoins d'une partie des soldats, ne sera point à charge à l'état.

Cette attention est indispensable : un soldat qui tomberait dans un village éloigné de son pays natal, aurait de la peine à s'y établir ; il ne faut laisser à combattre aux filles que la sorte d'antipathie naturelle pour les imperfections corporelles ; il ne faut pas ajouter celle de s'allier à un inconnu.

Article de M. COLLOT, commissaire

Encyclopédie de Diderot

Ce point de vue est très original, car il cherche à remplacer dans leur milieu  natal  les soldats invalides. Remarquons d'abord que l'intérêt pour les handicapés ne porte que sur les blessés de guerre, l'auteur de cet article de l'encyclopédie de Diderot ne se préoccupe pas les invalides civiles.

Il ne faut pas, dit auteur, placer tous les invalides dans un même lieu. On pourra faire d'importantes économies  en donnant une petite rente aux invalides  et en les poussant à se marier dans leur village natal.  La femme qui épousera un invalide   a tout  à y gagner, car avec la rente de son époux ils pourront entreprendre une petite activité commerciale, par exemple. Bien sûrs les  filles ont une antipathie naturelle pour les imperfections corporelles, cela l'auteur l'admet parfaitement. Comme le disait plus ou l'article sur les difformités : le regard a de la peine à se faire à un corps mutilé. y aura donc de la générosité à une femme  d'épouser  un infirme.

 

mailto:info@handistoire.info

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Dernière modification: 02 avril 2007