Histoire des handicaps et des handicapés

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La pitié dangereuse

Dans son roman La Pitié dangereuse (Ungeduld des Herzens, 1938), Stefan Zweig met en scène un jeune officier qui se fiance par pitié (dangereuse) avec une jeune invalide souffrant de paraplégie; celle-ci se donne la mort lorsqu’elle découvre qu’elle n’est point aimée d’amour.

En exergue de son roman, l'auteur écrit:

"Il y a deux sortes de pitié. L'une, molle et sentimentale, qui n'est en réalité que l'impatience du cœur de se débarrasser le plus vite de la pénible émotion qui vous étreint devant la souffrance d'autrui, qui n'est pas du tout la compassion, mais un mouvement instinctif de défense de l'âme contre la souffrance étrangère. Et l'autre, la seule qui compte, la pitié non sentimentale mais créatrice, qui sait ce qu'elle veut et est décidée à persévérer jusqu'à l'extrême limite des forces humaines."

Tout handicapé a ressenti à son égard de la pitié; souvent des infirmes déclarent qu'ils n'ont pas besoin de la pitié des autres. Je pense personnellement que la pitié peut être favorable à un handicapé. Dans un magasin, certaines caissières, qui me connaissent, passent les produits plus lentement que pour un client valide, car elles ont observé l'usage très limité de ma prothèse du bras droit. Parfois des personnes m'abordent pour m'offrir leur aide alors que je peine à remplir un cornet de fruits ou de légumes dans un self-service. Une jeune femme m'a dit un jour, alors que je tentais de passer du siège de ma voiture à mon fauteuil roulant, ne portant pas mes prothèses du bras et de la jambe: - Vous me faites pitié, je vais vous aider. J'ai ressenti cette pitié comme très salvatrice, car je n'étais pas très assuré de ma manoeuvre sans mes membres artificiels. Puis elle me questionna sur les causes et les difficultés quotidiennes de mon infirmité. Il faut alors parler franchement, c'est à nous invalides de mettre les valides à l'aise, d'accepter leur compassion et de dire franchement que notre handicap n'est pas toujours simple à vivre, certaines  barrières nous sont infranchissables sans l'aide d'autrui.

Je dirai que toute aide spontannée doit être acceptée par l'infirme qui ne doit pas "singer" les valides.

Le politiquement correct qui touche le langage donc aussi la pensée, a donné à la notion de pitié un sens péjoratif.

 

mailto:info@handistoire.info

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Dernière modification: 02 avril 2007